Filler / Chapitre 01 / Acte 05

Le rendez-vous à Ammu-Nation

Les informations se croisent a Ammu-Nation.

Ammu-Nation / parking blanc / informations croisées

Le point de rendez-vous fut fixé à l’Ammu-Nation.

Pas le lieu le plus discret. Mais dans cette ville, acheter des munitions attirait parfois moins l’attention que poser trop de questions dans un bar.

Le parking était éclairé par des néons blancs trop agressifs. La boutique projetait sur le bitume une lumière froide, presque clinique. À travers les vitres, on devinait les murs couverts d’armes, les rayons trop bien rangés, les vitrines brillantes. Un endroit absurde, à mi-chemin entre un supermarché banal et une confessionnal pour gens violents.

Vee arriva la première.

Elle resta près de sa voiture, téléphone en main. Sur l’écran, la carte officielle du LSPD affichait encore deux emplacements suspects, marqués trop proprement pour être tombés là par hasard.

Elle verrouilla l’écran quand Kota apparut. Comme toujours, elle semblait sortir d’un angle mort plutôt que d’une rue.

— T’as trouvé quelque chose ? demanda Vee.

Kota ne répondit pas tout de suite. Elle observa d’abord le parking, la vitrine, les reflets sur les voitures garées.

— Sandy Shores Ouest, dit-elle enfin. Trois entrepôts possibles. Trois à cinq gardes. Un seul armé confirmé.

— Tu tiens ça d’où ?

Kota marqua une courte pause.

— Mireya.

Le silence qui suivit dura juste assez longtemps pour dire qu’il manquait une partie de l’histoire. Vee le sentit mais elle n’insista pas.

Le camion de Vectra arriva quelques minutes plus tard, moteur lourd, carrosserie fatiguée, comme s’il traînait avec lui toute la crasse du quartier qu’elle venait de quitter. Vectra descendit sans se presser.

— J’ai rien, dit-elle.

Puis, après une seconde en refermant la portière un peu trop fort.

— Rien qui nous avance.

Kota la regarda, sans poser de question. Vee, elle, resta sur Vectra une seconde de plus.

— Mais t’as vu quelque chose.

Vectra eut un rictus sec, sans humour.

— Ouais.

Son regard glissa vers la vitrine de l’Ammu-Nation, vers les armes alignées derrière le verre, puis revint au parking.

— Des gamins avec des sacs trop lourds. Des rues qui savent déjà comment avaler les gens. Rien qui nous donne un camion.

Elle coupa court d’un mouvement d’épaule et ersonne ne répondit.

Vee avait une carte volée à la police. Kota avait des infos venues de Mireya. Vectra avait ramené un silence plus lourd que prévu.

Aucune ne semblait vraiment satisfaite. Mais elles avaient assez pour continuer. Elles entrèrent ensemble dans l’Ammu-Nation.

Vee, Kota et Vectra entrent dans l’Ammu-Nation.

À l’intérieur, la lumière était encore plus dure.

Tout était aligné, étiqueté, rangé derrière des vitrines comme dans n’importe quel commerce. Sauf qu’ici, les produits ne servaient pas à réparer les choses. Ils servaient à finir les problèmes plus vite.

Vee se déplaça la première entre les rayons.

Elle regardait les boîtes de munitions et les accessoires avec ce calme presque insolent qu’elle gardait partout, même dans les endroits qui sentaient la poudre et le métal. Elle ne prit pas grand-chose. Juste assez pour avoir une réponse si, à un moment, les mots ne suffisaient plus.

Vectra alla droit à l’essentiel.

Son regard passait sur les vitrines comme sur des pièces de moteur. Elle ne cherchait pas ce qui brillait, ni ce qui impressionnait. Elle cherchait ce qui tiendrait encore si tout partait de travers. Du fiable. Du lourd. Du concret.

Kota, elle, resta plus en retrait.

Avant même de regarder les armes, elle regarda le magasin. Les rayons, les sorties, le vendeur.

Puis son regard monta légèrement. Une caméra de surveillance était fixée en hauteur, près du plafond, tournée vers l’allée centrale. Kota ne s’arrêta pas dessus. Elle ne changea pas de posture. Mais pendant une seconde, son œil trouva l’objectif.

Juste assez pour savoir qu’il était là.

Puis elle revint aux rayons comme si de rien n’était.

Son attention se posa enfin sur les couteaux. Elle en examina un en silence, le poids, la prise, la façon dont il disparaissait dans la main. Pas comme une arme neuve. Comme un outil de plus. Quelque chose qu’on garde près de soi parce qu’on n’aime pas dépendre des autres.

Vee, Vectra et Kota choisissent leur équipement dans l’Ammu-Nation.

Entre deux rayons, elles échangèrent ce qu’elles avaient appris. Pas encore assez pour bâtir un plan complet. Juste assez pour comprendre que la mission était plus large que ce que Mireya avait posé sur la table du bar.

Kota avait une zone : Sandy Shores Ouest. Trois entrepôts possibles. Une sécurité limitée, mais réelle.

Vee avait deux emplacements suspects et surtout une certitude plus sale : la police ne tomberait pas sur le transfert tout de suite. Certains agents laisseraient volontairement une fenêtre avant d’arriver.

Vectra, elle, n’avait pas trouvé de piste utile. Mais elle avait vu ce que cette drogue faisait déjà avant même d’inonder la ville. Des gamins défoncés. Des vendeurs trop jeunes pour comprendre le jeu dans lequel on les avait placés. Des rues prêtes à avaler une génération de plus.

La mission n’était plus seulement un vol.

C’était une cargaison qui allait tomber entre les mains de quelqu’un.

Mireya.
Les rivaux.
Les flics corrompus.
Ou elles.

Vee glissa les boîtes de munitions dans son sac, entre son téléphone et le reste de ses affaires.

— Donc on a une fenêtre, une zone, peu de gardes… et un camion que tout le monde veut.

Vectra récupéra le kevlar léger, le regarda une seconde, puis le balança sur le siège de son camion à travers la portière ouverte.

— Ça veut surtout dire que si on se plante, tout le monde saura qu’on était là.

Kota rangea le couteau supplémentaire avec le reste de son équipement. Le geste était rapide, précis, presque invisible.

— Alors on ne se plante pas.

Aucune des trois ne sourit.

Autour d’elles, le parking baignait dans la lumière blanche de l’Ammu-Nation. Les néons découpaient leurs silhouettes sur le bitume, les voitures passaient au loin, et la ville continuait de faire du bruit comme si rien d’important ne venait de se décider.

Vee referma son sac.

Vectra claqua la portière du camion.

Kota jeta un dernier regard vers la vitrine, puis vers la caméra fixée au-dessus de l’entrée.

Trois inconnues. Trois raisons différentes d’être là. Un camion à trouver. Une mission à réussir.