Filler / Chapitre 01 / Acte 03

Vee — Le quartier rival

Vee remonte une piste dans le quartier rival.

Territoire rival / terrasse de bar / regards immobiles

Vee arriva dans le territoire rival avec sa voiture comme elle entrait partout : proprement, calmement, sans donner l’impression d’avoir peur.

Le quartier avait une autre énergie que celui du bar. Ici, les regards étaient plus lourds. Les murs parlaient à coups de tags, de couleurs, de symboles répétés sur les volets métalliques et les cages d’escalier. Les voitures roulaient lentement. Les groupes stationnaient aux coins des rues, trop immobiles pour être là par hasard.

Vee ne chercha pas le conflit.

Elle gara sa voiture à une distance raisonnable, descendit, puis marcha jusqu’à un bar de quartier où la musique sortait par la porte entrouverte.

Elle commanda un verre qu’elle toucha à peine, puis choisit une table près de la terrasse, assez visible pour ne pas avoir l’air de se cacher, assez bien placée pour voir la rue. Ses lunettes légèrement baissées sur le nez, elle observait par-dessus les verres teintés, sans jamais donner l’impression de chercher quelqu’un.

Vee observe le quartier rival depuis une table.
Vee choisit une place où tout le monde peut la voir, et où elle peut voir tout le monde.

Elle n’avait pas besoin de courir après l’information.

Il suffisait parfois d’attendre que l’information passe devant vous.

Un dealer finit par attirer son attention. Jeune, nerveux, le regard mobile. Il n’avait pas l’assurance d’un type qui contrôle son coin. Plutôt celle de quelqu’un qui vend ce qu’on lui donne, là où on lui dit de le vendre.

Vee sortit du bar et alla vers lui.

— Tu vends quoi ?

Le dealer la regarda de haut en bas. Il essaya de sourire.

— Ça dépend de ce que tu cherches.

— Pas ce que t’as dans les poches.

Son sourire bougea à peine.

— Alors tu cherches quoi ?

— Ce qui arrive en ville. Le produit dont personne veut parler trop fort.

Le garçon perdit un peu de son assurance.

— Je vois pas de quoi tu parles.

Vee le fixa sans insister. Juste assez longtemps pour que le silence devienne inconfortable.

— Si.

Il regarda autour de lui.

— Y’a des rumeurs, c’est tout. Un truc nouveau. Pas stable. Des gens prennent une dose et finissent déjà en sale état.

— Qui le fait rentrer ?

— J’en sais rien.

— Où ça passe ?

— J’en sais rien non plus.

Il avala sa salive.

— Moi, je vends ce qu'on me donne.

Il ne savait pas grand-chose. Ou il faisait semblant. Il parla de rumeurs, de clients qui avaient mal réagi, de gens retrouvés en sale état après une seule dose. Une drogue trop forte, trop instable, trop rentable pour que les gangs la laissent passer.

Mais aucun nom. Aucun camion. Aucun entrepôt.

Vee allait insister quand le dealer cessa soudain de la regarder. Son attention venait de passer derrière elle. Pas longtemps. Une demi-seconde à peine. Mais assez pour que son corps change avant son visage.

— J’ai rien dit.

— Hé ! Interrompit Vee. Mais il recula d'un pas, sans courir tout de suite, comme s'il voulait encore faire croire qu'il partait normalement.

Vee se retourna et vit deux policiers patrouillaient plus loin. L'un d'eux s'arrêta en la reconnaissant. Pas franchement. Pas assez pour que son collègue comprenne tout de suite. Mais son pas se coupa une demi-seconde, et Vee le vit.

Son collègue continua d'abord à parler, puis remarqua le changement.

— Quoi ?

Le policier fit un geste discret.

— Attends-moi là.

Il s'approcha de Vee avec une raideur qu'il essayait de cacher.

— T'es loin de tes endroits habituels. Dit Vee en lui sourriant.

— Toi aussi, non ? Repondit-il en serrant la mâchoire. Je suis en service.

— Je sais. C’est ce qui rend la conversation amusante.

Il jeta un regard vers son collègue, resté à distance.

— Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il.

Vee fit un pas vers lui. Pas assez pour être menaçante. Juste assez pour l’obliger à l’écouter.

— Un camion arrive. Nouvelle drogue. Plusieurs gangs dessus. Tu sais où il passe.

— Je sais rien.

— Tu sais toujours quelque chose.

Il détourna les yeux.

Vee baissa la voix.

— Je sais assez de choses pour que ton collègue arrête de t’appeler par ton prénom et commence à faire un rapport.

Le policier blêmit à peine, mais Vee le vit.

— Tu vas me faire chanter ?

— Non. Je te laisse une chance de me servir encore.

Vee met la pression au policier corrompu.
Elle ne menace pas fort. Elle rappelle seulement qu'elle sait où appuyer.
Carte confidentielle LSPD indiquant deux emplacements d'entrepôts possibles près de Harmony
La version du policier : moins de certitudes, mais assez de coordonnées pour resserrer la recherche.

Le silence dura quelques secondes.

Le policier finit par sortir son téléphone. Il le garda bas, près de sa cuisse, assez discret pour que son collègue ne voie pas l’écran.

— J’ai rien dit, murmura-t-il.

— Bien sûr.

Il pianota rapidement, puis ouvrit une carte marquée du sigle du LSPD. Une carte interne, propre, trop officielle pour finir dans le téléphone de Vee.

Deux zones étaient entourées près de Sandy Shores Ouest. Deux entrepôts possibles, annotés comme des points de surveillance.

Vee sortit son propre téléphone.

Le transfert ne prit que quelques secondes. Un fichier froid, net, estampillé police, avec deux emplacements qu’elle n’aurait jamais dû voir.

Elle verrouilla l’écran aussitôt.

— Si ça remonte jusqu’à moi, dit-il, j’étais pas là.

Vee releva les yeux vers lui.

— Si ça remonte jusqu’à toi, c’est que j’aurai eu une bonne raison.

Le policier serra la mâchoire.

Puis il ajouta, plus bas :

— Et y’a autre chose. Les flics savent qu’un transfert doit avoir lieu. Mais personne bougera tout de suite.

— Pourquoi ?

Il eut un rire sec, presque sans son.

— Parce que certains préfèrent laisser filer le camion, récupérer leur part, et écrire qu’ils ont reçu l’info trop tard.

Vee le regarda avec mépris.

— C’est pratique, la police.

— Fais attention à ce que tu fais avec ça.

— Fais attention à ce que moi je garde sur toi.

Elle rangea son téléphone et s’éloigna sans attendre sa réponse.

Derrière elle, le policier resta immobile quelques secondes avant de rejoindre son collègue, comme si rien ne s’était passé.

Vee remonta dans sa voiture avec une carte officielle du LSPD, deux emplacements suspects, et la certitude que la corruption leur laisserait une fenêtre.